07/01/2013

Une Université fédérative ? De quoi s’agit-il ?

Ualpes1.gifn nouveau texte de la Région Rhône-Alpes contiendrait l'expression "Université fédérative".

La définition pointe : Unificatrice, réunificatrice, rassembleur. Sur le plan politique, le fédéralisme est en vigueur dans beaucoup de pays du monde et particulièrement en Europe. Plusieurs républiques se présentent comme des républiques fédératives et non pas fédérales : Brésil, Transcaucasie, ex-Yougoslavie….

Une fédération des Universités de Rhône-Alpes ? Oui, pourquoi pas, notamment si la compétence universitaire est transférée aux régions. Mais il faut que le principe de l’autonomie des Universités vive ; ce sera une richesse plus grande que les économies d’échelle envisagées

S’il s’agit d’une simple mise en réseau, c’est utile. Mais il faut bien apprécier ce qu’elles ont à mettre en réseau. Il faut aussi que cette mise en réseau fédéraliste ne se traduise pas par des transferts de compétences et de gouvernance « forcés » comme l’a pratiqué le précédent gouvernement : « vous aurez des subventions si vous vous pliez à nos exigences régionales ».

S’il s’agit d’être plus grand, plus fort en se regroupant, ce n’est peut-être qu’un leurre. Le toujours plus grand n’est pas gage de meilleure qualité de l’enseignement, bien au contraire. Le centralisme appauvrit. L’Université de proximité est une richesse pour chaque territoire.

En fait, derrière ce texte directif, on sent le pouvoir jacobin résister aux demandes des collectivités, notamment des régions afin de ne pas perdre le contrôle. Ce sera donc un épisode de plus de l’acte manqué de la décentralisation.

Une simple remarque : dans les principes de base du fédéralisme, ce sont les unités de base qui se regroupent volontairement. Quand on utilise l’argent pour les obliger à se regrouper, comme l’a fait Sarkozy, ou bien qu’on décide d’en haut par une loi de les obliger comme maintenant, on ne peut utiliser le mot de fédérale, ce que J.-.J Queyranne ou les rédacteurs se sont d’ailleurs bien gardé de faire.

Ce qui vaut pour les Universités vaut pour les régions : La taille des régions.

Regardez toutes les régions de l’Arc alpin, de la Slovénie à la Savoie : les plus forts PIB, architectures, stations de montagne exemplaires, économies d’énergie, gestion des barrages, de l’eau, développement du bio…. 15 à 20 ans d’avance sur la Savoie et RA. Pourquoi ? Parce que ce sont de petites régions autonomes ou fédérales. Regardez leurs budgets au regard du maigre budget de RA 2,4 Mds pour 6 millions ha : Val d’Aoste, 1,8 Mds pour 135.000 habitants – Valais : 2,8 MDS pour 350.000 ha…. Notez qu’une Région Savoie serait la plus grande des régions de l’arc alpin !

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06/12/2012

Sommet Franco-Italien du 3 décembre: le récit d'un des organisateurs de la manifestation contre le Lyon-Turin

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Je présenterai aujourd'hui un article de Laurent Blondaz, secrétaire du Mouvement Région Savoie, qui reprend mon récit de la journée du sommet franco-italien du 3 décembre ; c'est un peu long mais cela se lit facilement :

Le sommet Franco-Italien du 3 décembre s'est entaché d'un déni notoire de démocratie. On a pu tristement observer l'art de l'arbitraire qu'ont les deux gouvernements français et italien : cette manière d'engager des milliards d'euros d'argent public dans un projet inutile, au profit de multinationales du BTP, d'endetter les peuples, tout cela en interdisant aux citoyens de s'exprimer.

De nombreux opposants au Lyon-Turin venus d'Italie et de Savoie pour manifester pacifiquement ont été bloqués aux tunnels du Fréjus ou du Mont-Blanc, au péage à l'entrée de Lyon, où des troupes de CRS avaient été disposées.

Après de nombreux tracas, des bus de militants ont pu finalement passer grâce à l'action de Noël Communod, conseiller régional EELV-RPS, Président du Mouvement Région Savoie, militant actif de la coordination contre le Lyon-Turin qui organisait cette manifestation. S'attendant à des sabordages de cette manifestation, Noël est venu exiger sur la plate-forme du tunnel du Fréjus que les personnes puissent librement circuler. Il livre ci-dessous son récit de la journée et s'interroge sans langue de bois sur les agissements provocateurs des forces de l'ordre.

 7h30 : Je suis au Tunnel de Fréjus, à 210 kilomètres de Lyon, sortie France. Il fait -11° et pas un endroit pour prendre un café. Un convoi de cars de CRS est déjà là ; ils sont pour l’instant au chaud à l’intérieur. Quatre membres de la PAF (police aux frontières) sont déjà à l’œuvre et arrêtent les voitures, ouvrent les coffres… Une limousine noire est arrêtée dans un coin discret.

Je m’adresse aux responsables CRS et PAF et je leur indique que je suis là pour accueillir les Italiens que nous avons invités et constater que tout se passe bien et qu’il n’y aura pas d’abus, ni d’un côté, ni de l’autre. Une journaliste de FR3 et son cameraman arrivent. Puis le maire de Villarrodin vient me rejoindre.

8h00 : Les 11 car italiens arrivent remplis de 50 personnes chacun : 550 personnes. La PAF commence les contrôles des identités qu’ils comparent à des listes qu’ils ont sur des fichiers. Je monte dans chacun des cars pour souhaiter la bienvenue en France au nom de la coordination ; cet accueil imprévu pour eux, tellement ils sont anxieux au vu du déploiement de police, provoque des explosions d’applaudissements et de chants. Je les préviens toutefois que le chemin vers Lyon sera encore long. Plus de la moitié des italiens ont plus de 50 ans.

11h30 : Après des contrôles interminables, les cars partis au compte-goutte attendent près de Saint-Jean-de-Maurienne le dernier d’entre eux encore retenu au Fréjus. Un hélicoptère ne cesse de survoler le convoi. Je les suis en voiture.

Un seul car aura été retenu plus de 4 heures. Mais où sont les accords de Schengen ? Pourquoi rétabli-t-on un contrôle systématique des personnes sur des opposants à un projet international qui n’a pas donné lieu à débat public ?

12h30 : Je suis en voiture derrière le convoi des 11 cars. A l’arrivée au péage de St Quentin Fallavier, aux abords de Lyon, une brigade de CRS intercepte le convoi et stocke les cars sur le parking situé après le péage. Les CRS laissent les italiens, malgré mes remarques au commandant, descendre des bus, et se retirent pour les laisser envahir l’autoroute sans stopper le voitures. Je sens le piège qui permettrait aux CRS de charger et j’appelle le préfet de police pour lui demander de donner l’ordre aux CRS de faire remonter les italiens dans les bus immédiatement. Il donne cet ordre. Les CRS s’exécutent. Les cars restent bloqués. Les italiens discutent entre eux et décident de continuer vers Lyon. Dès l’annonce de cette décision, l’ordre est donné de les laisser passer.

Quelle justification à ce nouvel arrêt ? Est-ce pour organiser une provocation et permettre de justifier leur refoulement ? Est-ce pour retarder encore leur arrivée à Lyon ? Quel droit applique-t-on ?

15h50 : Les opposants au Lyon-Turin enfin arrivés à Lyon veulent faire partir un cortège de la place des Brotteaux. Mais les cars sont amenés sur la place elle-même. Le piège se referme sur eux et sur les manifestants français qui les attendaient sous la pluie : la place est cerclée et fermée en grande partie par des CRS. Derrière les barrières, sur trois cercles concentriques : un minimum de 1500 hommes en uniforme sont comptés.

Avant l’arrivée des italiens, les membres de la coordination se rendent compte que plusieurs manifestants déguisés sont en fait des policiers infiltrés. L’un d’entre eux, en salopette blanche, bouscule des journalistes et s’en prend au caméraman de FR3. La jeune journaliste est affolée et elle va partir. D’autres ne sont là que pour provoquer des incidents qui puissent dégénérer et justifier les moyens déployés.

16h40 : Les No TAV italiens ne veulent pas être « venus à Lyon pour rien ». Les manifestants se trouvent parqués au croisement de la rue Juliette Récamier et du boulevard des Belges, dans le 6è arrondissement de Lyon. Les policiers laissent entrer des gens sur la zone mais personne n’en sort pour l’heure.

J’arrive peu après les cars et pour pénétrer sur la place, je dois franchir les barrières tenues par les policiers qui me disent « Entrez si vous voulez, mais sachez que vous ne pourrez pas ressortir ».

Je retrouve les membres de la coordination et de nombreux journalistes qui viennent m’interroger.

Un hélicoptère doté de puissants phares survole la place et fait du « sur-place » dans un vacarme assourdissant qui créée le stress chez les manifestants, rend difficiles les conversations et appels téléphoniques. Je demande au chef du service d’ordre qu’il s’éloigne, ce qu’il fera mais il reviendra un quart d'heure plus tard.

17h20 : Pas d’incident majeur pour l’heure sur la zone dans laquelle les manifestants sont contraints de rester. On invite les Italiens à remonter dans les cars par lesquels ils sont venus. Le cortège anti-Lyon-Turin n’aura pas pu défiler cet après-midi dans les rues de Lyon.

Pour vérifier les cars et les obliger à repartir, des violences sont faites aux manifestants et je vois s’exercer devant moi une menace au révolver sur un chauffeur pour l’obliger à démarrer.

19h15 : Les manifestants lyonnais ont estimé que la situation était semblable à ce qui s’est produit place Bellecour en 2010, situation qualifiée de « garde à vue à ciel ouvert » : les opposants italiens au Lyon-Turin sont restés circonscrits sur la place et ne peuvent pas en sortir, hormis à bord d’un car.

Voulant absolument éviter le syndrome de Bellecour 2010, je prends la décision d’assumer la responsabilité du rassemblement et je vais négocier avec les responsables des différentes forces de l’ordre présentes. Voyant que le piège est refermé et que la décision est prise de faire sortir les cars en laissant les manifestants français dans la nasse, j’essaie de négocier avec les autorités une sortie par petits groupes intercalés entre les cars. N’obtenant pas satisfaction, j’appelle le préfet de région qui me donne sa parole que, si nous laissons partir les cars, les français pourront sortir par petits groupes sans contrôle d’identité.

Cette parole ne sera pas tenue puisque la plupart, pour sortir devront présenter leurs papiers.

Pour dégager la responsabilité de la coordination qui avait demandé l’autorisation du rassemblement, j’ai demandé la dispersion du rassemblement ; je l’ai fait à deux reprises devant des caméras de télévision différentes en précisant que j’effectuais cette demande en constatant devant eux que cette dispersion était rendue impossible par le bouclage de la place et que c’était donc la police et l’État qui prenait alors la responsabilité de ce qui pourrait se passer.

Avec Marc Pascal, nous assurerons jusqu’à la sortie du dernier manifestant de la place en surveillant la façon dont se déroule le contrôle. Tous les noms et numéros de pièces sont relevés.

A l’autre angle, madame le Consul d’Italie est venue à la demande des manifestants.

La journée aura été rude, dans le froid et sous la pluie. Mais ce que nous ne savions pas, en étant enfermés sur la place, c’est que des charges de policiers avaient lieu en parallèle dans les rues hors de la place, notamment sur le trajet des bus. Ainsi plusieurs jeunes ont été véritablement tabassés, sans griefs, et emmenés au poste.

Le lendemain, il n’y a pas eu de comparution immédiate au tribunal, mais seulement un jeune (David) convoqué en correctionnelle pour février. Il est ressorti du poste avec beaucoup de traumatismes ; nous avons une video partielle de ce passage à tabac. Les personnes qui l’accompagnaient sont prêtes à témoigner. Peut-être y aura-t-il d’autres comparutions. ?

Il faudra s’interroger sur cette façon d’encercler et de piéger une manifestation, en l’occurrence un rassemblement autorisé, sans donner aux organisateurs la possibilité de dispersion.

Je peux enfin témoigner qu’à plusieurs reprises, l’attitude des policiers infiltrés d’abord, des CRS ensuite au péage et des policiers sur la place a été provocatrice. J’avais l’impression que beaucoup de policiers étaient conditionnés pour faire face au « diable », tous prêts à casser du manifestant.

Dans mes dialogues avec les responsables d’unités qui se sont succèdes, mes appels à la modération étaient ignorés, comme si l’objectif était de provoquer des incidents qui auraient justifié le déploiement de cet énorme arsenal.

Je dois dire également que j’ai été interpellé par la dizaine de personnes (des soi-disant manifestants), qui sont montés dans un fourgon blanc comme on monte dans le car après une journée de travail. A mon interrogation, la réponse fut « ce sont des gens qui n’ont pas leur papiers sur eux. On les emmène au poste ! » Je dois avouer que je suis resté perplexe. La réponse était sans doute exacte, mais étaient-ils de vrais manifestants ? Je ne l’ai pas cru.

20 heures : Monti et Hollande ont depuis longtemps quitté Lyon mais aux Brotteaux, une poignée de manifestants est restée sur place. Selon Le Progrès, 54 opposants au Lyon-Turin ont été interpellés dans la journée. Des pierres et des bouteilles ont été lancées en direction des CRS. Après une dernière charge de la part des forces de police, tous les cars de manifestants italiens sont partis. Sur le reste de la place, le dispositif de sécurité a été progressivement levé. L’arrêt de métro « Brotteaux » de la ligne B a finalement été ré-ouverte comme l’ensemble du secteur de la préfecture.

20h30 : Nous quittons la place qui se vide des 500 policiers encore présents à 20h.

Les conclusions d’une telle journée me laissent perplexe. Ceux qui avaient tant critiqué l’État policier mis en place par Sarkozy ont endossé l’uniforme en lui donnant encore plus d’ampleur. Que voulait-on prouver avec la mise en place d’un tel dispositif ? Le ministre de l’intérieur voulait-il montrer des muscles devant ses collègues et les deux chefs d’État présents, voulait-il faire monter ses sondages de popularité auprès de la population lyonnaise avec cette mise en scène ?

Nos amis piémontais, paisibles villageois, turinois ou universitaires (certes accompagnés de quelques jeunes anarchistes), sont repartis en disant que la police d’Hollande n’avait rien à envier à celle de Berlusconi-Monti . Habitués et aguerris face à l’armée et aux escadrons de gendarmerie , soit 4000 policiers qui se relaient jour et nuit pour « protéger le site ».

L’argument qui restait aux promoteurs du Lyon-Turin pour faire valoir le projet après que nous ayons démystifié tous les chiffres de trafic et de coûts, était l’argument de la mise en relation entre les peuples que devait créer ce nouveau tunnel. C’est vraiment mal parti lorsqu’on voit comment on organise l’accueil de nos voisins italiens à la sortie du Fréjus tunnel existant. Comment faire confiance à ces dirigeants qui ont menti pour construire ce dossier et qui ont également menti en créant une galerie de sécurité pour le Fréjus et en annonçant récemment qu’elle constituerait une nouvelle voie pour faire passer des camions.

contact : info@regionsavoie.org

16:48 Publié dans France, Italie, Régionalisation, Transports | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | | |

15/11/2012

Régionalisation et budget

rhone-alpes.gifDepuis 1972, année de la création des régions en France, nombre de Savoyards se sont élevés contre la création d’une région Rhône Alpes, sans grande signification, sans les atouts de la proximité. Les élus étaient alors très nombreux à plaider pour une région Savoie à part entière, mais le mal était fait. C’est à cette époque que s’est créé le Mouvement Région Savoie (MRS).

Depuis des années, on parle en France de régionalisation sans vraiment la faire. Depuis des années, on parle en Savoie de Région Savoie ou de fusion des départements en une collectivité unique avec les compétences d’une région. Or, nous constatons une désintégration de nos territoires sous les coups de boutoir de Lyon, Grenoble et Genève. C’est maintenant qu’il faut réagir.

La Cour des comptes a tiré la sonnette d’alarme à deux reprises sur l’état des comptes de la France Pour le MRS, comme pour tous les partis régionalistes, le rééquilibrage des comptes publics doit passer par une nouvelle étape de la décentralisation, liée à une réforme d’ampleur de l’Etat, la régionalisation, incluant plus de fédéralisme au niveau européen.

Dans le budget prévisionnel de l’Etat pour 2013, le pôle « Administration générale et territoriale de l’Etat » représente 70 milliards d’€. 34% de cette somme est, selon le rapport de la Cour, consacré à des « dépenses de fonctionnement », soit 23,8 milliards ! Europe, Etat, Région, Département… on compte aujourd’hui 7 niveaux administratifs dans notre pays, un record ! Les réticences des élites politiques et administratives à abandonner leur tradition jacobine n’ont jamais permis aux vagues de décentralisation successives (1982, 2004) de revêtir l’ampleur significative qui aurait conduit à la fin de l’enchevêtrement des compétences, des postes et des services administratifs.

Mais si la cour des comptes souligne le gouffre à argent public que constitue notre Etat hyper centralisé, elle dénonce aussi la gabegie des grands projets inutiles à la mode du siècle dernier, celui de la croissance. Pour le siècle qui a débuté, toutes les analyses disent que le modèle d’un monde en croissance économique est terminé. Les grands projets d’infrastructures, sans croissance, seront les accélérateurs du déclin. Or, il se trouve que le plus grand de ces projets concerne particulièrement la Savoie : Le Lyon Turin, projet à 30 milliards d’euros, parfaitement inutile, construit sur une série de chiffres faux et de mensonges.

Régionaliser, c’est permettre que la décision se prenne au plus proche des citoyens. C’est conduire des politiques publiques par et pour les populations locales. L’Etat français a tout le potentiel pour avoir des comptes équilibrés, il doit plutôt apprendre à mieux gérer ses richesses. En se concentrant sur des fonctions régaliennes, en déléguant les politiques de développement local aux régions et en assurant la seule péréquation entre chacune d’entre elles, le nombre de doublons entre administration d’état et administrations territoriales se verrait drastiquement réduit, pour une efficacité bien plus grande et sans réduire la qualité du service rendu au public. En quelques années à peine, par une seule réforme territoriale, la France renouerait donc avec l’équilibre de ses comptes, sans que la charge en soit transmise aux ménages.

09:09 Publié dans France, Régionalisation | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |