24/11/2012

Lyon-Turin: face à face des partisans et des opposants

Profilenlong Lyon Turin.gifSuite à l’avis très négatif de la Cour des comptes, le lobby des défenseurs du Lyon-Turin tire ses dernières cartouches :

Ils ne donnent plus aucun chiffre de trafic (tant ils leur sont défavorables), mais seulement des arguments généraux : « ce projet est un pari sur l’avenir », « la Cour des comptes est sortie de son rôle » « l’outil créera le besoin »

Ils saucissonnent le projet pour le faire paraître moins coûteux et demandent maintenant au Président de ne décider que du tunnel de base et, pour le reste, on verra plus tard ! Il n’y a pas besoin d’être X-Mines pour démontrer dans un courrier à la Cour des comptes qu’une portion du tracé coûtera moins cher que le tracé total, ou que le partage des coûts entre la France, l’Italie et l’Europe diminuera la facture pour la France ! Mais on déclare sans sourciller qu’on va engager 11,5 milliards pour creuser pendant 12 ans un tunnel qui ne servira peut-être à rien ?

Ils poussent les deux chefs d’Etats à s’orienter vers une décision partielle qui limite les dépenses et les contestations : débloquer le financement du tunnel de base. Onze milliards au bas mot et 10 ans de travaux. Les accès français étant dans le paquet à 240 Milliards qui fera l’objet d’un classement par priorités par une commission qui donnera son résultat en mars 2013. Il y a peu de chances que Rhône-Alpes soit choisie si elle bénéficie déjà du financement tunnel de base.

Ils rayent d’un trait de plume la ligne existante qui serait trop ancienne ; or, un investissement de 250 millions vient d’être consacré au tunnel de Modane pour le mettre aux normes de sécurité et au gabarit B1. De plus, nous avons des videos de RFF qui se félicitent de la rénovation récente de la ligne du Bugey, refaite comme neuve et pour peu de frais. La rénovation de l’existant est une mesure de bon sens pour une ligne utilisée seulement à 20% de sa capacité. Quant à l’énergie nécessaire pour franchir les quelques kilomètres de tunnel en pente, elle est bien inférieure à celle de la grande vitesse et à la débauche de moyens pour creuser un tunnel de 54 km.

Dans sa réponse à la Cour des comptes, le premier ministre Jean-Marc Ayrault avait défendu la pertinence du Lyon-Turin en assurant que "le besoin d'une infrastructure performante entre la France et l'Italie est avéré". Chiffres à l’appui, dans nos articles précédents, nous avons démontré le contraire.

19:45 Publié dans France, Transports | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

22/11/2012

La Cour des comptes et le Lyon-Turin

lyon_turin_tgv24.jpgLa Cour des comptes dénonce depuis longtemps :

  • Les processus de lobbying qui associent des hommes politiques financeurs et les bénéficiaires des contrats,

  • L'absence de clarté dans la prise de décision des grands contrats qui court-circuite toutes les règles démocratiques,

  • La consanguinité des cabinets d’études chargés de calculer les coûts, de valider les choix techniques avec les sociétés bénéficiaires des marchés et l’absence systématique d’évaluation indépendante,

  • La proximité des membres des commissions d’enquête d’utilité publique avec ces cabinets

  • Les méthodes de dépassement systématique des prévisions…

Nous pouvons y ajouter, dans le cas du Lyon-Turin, l’utilisation de chiffres périmés pour justifier le projet, des mensonges politiques sur les emplois qui seraient générés, sur l’évolution du trafic, des abus de conscience écologiques, des dépenses engagées pour faire du chantage à la décision et de nombreuses légèretés qui font dire à la Cour des comptes qu’il y a « de sérieux problèmes de pilotage du projet ».

Le trafic de camions cumulé des tunnels du Mont blanc et du Fréjus est inférieur au trafics de 1989.

Au tunnel routier de Frejus, on annonce aujourd’hui une ouverture de la galerie de sécurité à la circulation, comme pour dire que le tunnel serait saturé alors qu’on dénombre aujourd’hui 1.88 passages de camions par jour au Fréjus. La baisse sur les 9 premiers mois de 2012 est encore de 8,5% par rapport à 2011 (510.000 contre 555.000).

Sur ce sujet, le référé de la Cour des comptes peut être lu. Ainsi que la réponse du Premier Ministre.

09:05 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

21/11/2012

Opposition au Lyon-Turin ferroviaire

lyon_turin_carte1.jpgLe 3 décembre 2012, François Hollande et Mario Monti, lors du sommet franco-italien qui se tiendra à Lyon, devraient décider de poursuivre ou de ne pas réaliser le projet Lyon Turin ferroviaire.

Côté italien, les opposants sont très organisés et résistent depuis près de 10 ans : ils ont établi un campement, acquis les terrains expropriables, rédigé des contre-expertises, organisé de nombreuses manifestations (de 50.000 à 100.000 personnes). Les forces de l’ordre, armées et police sont installées et leurs font face (les frais sont pris e charge par LTF !). Dix millions d’euros ont été accordés par Bruxelles au gouvernement italien pour « convaincre » les municipalités du Val de Suse et « pacifier la vallée » !

Côté français, les opposants résistent également ; ils ont analysé méthodiquement le projet et en ont conclu qu’il était totalement inutile et que des solutions alternatives permettaient de résoudre le transfert des camions à travers les Alpes pour un coût total bien inférieur à celui du Lyon-Turin.

L’analyse menée fait apparaître que le projet présenté aujourd’hui n’est plus le même que le projet de 1994. En effet les données économiques, les données du trafic et les perspectives ont beaucoup changé alors que le projet est resté un projet du siècle dernier.

Le Mouvement Région Savoie (MRS) a rejoint la coordination des opposants dès le début de l’année 2012 et j'ai été le premier élu à affirmer mon opposition lors de la dernière réunion publique de la commission d’utilité publique le 14 mars 2012. Récemment, le mouvement Europe écologie les Verts a pris une position proche de celle du MRS en déclarant inutile le tunnel de base et nécessaire la prise en compte rapide des vrais problèmes de transports publics.

Nous pensons que la réalisation du Lyon Turin aujourd’hui serait une folie financière, une catastrophe écologique (pour la Savoie notamment) et un contresens technique. En effet il existe plusieurs solutions de report modal, plus immédiates et beaucoup moins coûteuses. Ces solutions ont l’avantage, dans la situation actuelle, tant en France qu’en Italie, d’être adaptées aux priorités réelles des trafics routiers de répondre aux priorités et notamment la réduction des trafics de marchandises dans les axes essentiellement Nord-Sud actuellement dépourvus ou sous dimensionnés en moyens de report des voyageurs notamment dans les agglomérations.

La méthode de travail de la coordination des opposants est simple. Aucun chiffre n’est inventé, tous viennent des documents de RFF, des ministères, des Conseils généraux… Tous les arguments reposent sur des pièces administratives, comptables ou de rapports officiels. Le constat est sans appel. Nos conclusions sont exactement les mêmes que celles de la Cour des comptes qui vient de rendre public le référé qu’elle a adressé au Premier ministre : une condamnation en règle du projet qui reprend et valide donc nos principales critiques.

Ce projet est en gestation depuis près de 20 ans ; il a donc fallu des moyens conséquents pour que les promoteurs du projet organisent la communication, les expositions, les réunions… Ce sont essentiellement des financements de grands groupes qui espèrent décrocher ces fabuleux contrats (sans doute plus de 30 milliards d’euros), mais ce sont aussi des financements publics de nos collectivités locales, départementales ou régionales.

12:21 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

15/11/2012

Régionalisation et budget

rhone-alpes.gifDepuis 1972, année de la création des régions en France, nombre de Savoyards se sont élevés contre la création d’une région Rhône Alpes, sans grande signification, sans les atouts de la proximité. Les élus étaient alors très nombreux à plaider pour une région Savoie à part entière, mais le mal était fait. C’est à cette époque que s’est créé le Mouvement Région Savoie (MRS).

Depuis des années, on parle en France de régionalisation sans vraiment la faire. Depuis des années, on parle en Savoie de Région Savoie ou de fusion des départements en une collectivité unique avec les compétences d’une région. Or, nous constatons une désintégration de nos territoires sous les coups de boutoir de Lyon, Grenoble et Genève. C’est maintenant qu’il faut réagir.

La Cour des comptes a tiré la sonnette d’alarme à deux reprises sur l’état des comptes de la France Pour le MRS, comme pour tous les partis régionalistes, le rééquilibrage des comptes publics doit passer par une nouvelle étape de la décentralisation, liée à une réforme d’ampleur de l’Etat, la régionalisation, incluant plus de fédéralisme au niveau européen.

Dans le budget prévisionnel de l’Etat pour 2013, le pôle « Administration générale et territoriale de l’Etat » représente 70 milliards d’€. 34% de cette somme est, selon le rapport de la Cour, consacré à des « dépenses de fonctionnement », soit 23,8 milliards ! Europe, Etat, Région, Département… on compte aujourd’hui 7 niveaux administratifs dans notre pays, un record ! Les réticences des élites politiques et administratives à abandonner leur tradition jacobine n’ont jamais permis aux vagues de décentralisation successives (1982, 2004) de revêtir l’ampleur significative qui aurait conduit à la fin de l’enchevêtrement des compétences, des postes et des services administratifs.

Mais si la cour des comptes souligne le gouffre à argent public que constitue notre Etat hyper centralisé, elle dénonce aussi la gabegie des grands projets inutiles à la mode du siècle dernier, celui de la croissance. Pour le siècle qui a débuté, toutes les analyses disent que le modèle d’un monde en croissance économique est terminé. Les grands projets d’infrastructures, sans croissance, seront les accélérateurs du déclin. Or, il se trouve que le plus grand de ces projets concerne particulièrement la Savoie : Le Lyon Turin, projet à 30 milliards d’euros, parfaitement inutile, construit sur une série de chiffres faux et de mensonges.

Régionaliser, c’est permettre que la décision se prenne au plus proche des citoyens. C’est conduire des politiques publiques par et pour les populations locales. L’Etat français a tout le potentiel pour avoir des comptes équilibrés, il doit plutôt apprendre à mieux gérer ses richesses. En se concentrant sur des fonctions régaliennes, en déléguant les politiques de développement local aux régions et en assurant la seule péréquation entre chacune d’entre elles, le nombre de doublons entre administration d’état et administrations territoriales se verrait drastiquement réduit, pour une efficacité bien plus grande et sans réduire la qualité du service rendu au public. En quelques années à peine, par une seule réforme territoriale, la France renouerait donc avec l’équilibre de ses comptes, sans que la charge en soit transmise aux ménages.

09:09 Publié dans France, Régionalisation | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

13/11/2012

Quels objectifs pour un nouvel acte de la décentralisation ?

François_Hollande_(Journées_de_Nantes_2012).jpgDans son 54e engagement de campagne, François Hollande promettait d’engager « une nouvelle étape de la décentralisation en associant les élus locaux », prévoyant notamment un « pacte de confiance » entre l’Etat et les collectivités locales et une « réforme de la fiscalité locale en donnant plus d’autonomie aux communes, aux départements et aux régions, en contrepartie d’une plus grande responsabilité ». Maintenant, ceux qui ont condamné la recentralisation de la réforme Sarkozy sont au pied du mur. Mais les forces centralisatrices sont-elles moins fortes au PS qu’à l’UMP ? rien n’est moins sûr.

Pour les régionalistes réalistes, voici ce qui est nécessaire :

Nouvelle répartition de la fiscalité : 60% aux Collectivités (autonomie fiscale), 30% à l’Etat, 10% à l’Europe. Garantir l’égalité territoriale grâce à un fonds de péréquation pour corriger les inégalités entre les Régions et les Pays.

Intégrer les régions et les départements actuels dans une seule collectivité territoriale régionale, irriguant tous les territoires, avec des antennes dans les actuelles préfectures et sous préfectures.

Transférer de vrais moyens politiques et financiers à ces régions : pouvoir d’adaptation législatif et règlementaire, pour apporter des solutions adaptées aux habitants.

  • Permettre à chaque Région de prendre en main son développement (politique de l’eau, distribution d’énergie, politique linguistique et culturelle…). Pour cela, le niveau de compétences doit être régional ou interrégional.

  • Renforcer la coopération entre régions en Europe : en mutualisant les moyens, les programmes et les échanges de bonnes pratiques, et par une gestion directe par les régions des crédits européens.

Bien évidemment, nos propositions sont beaucoup plus détaillées et toutes les propositions de l’ARF (Assemblées des régions de France) vont dans ce sens.

Cependant, si nous gardons de grandes régions, aux exécutifs lointains que les citoyens ne connaissent même pas, on va recréer le centralisme régional et des barons régionaux.

Le siècle de la croissance, des grandes régions à taille européennes, des multinationales et des Etats-Nations est derrière nous. Regardons en Europe quelles sont les régions qui fonctionnent le mieux : elles sont de petite taille (souvent plus petites que la Savoie réunifiée) et bénéficient d’un statut fédéral ou d’autonomie et de dispositifs de démocratie directe. (par exemple, tout près de chez nous, la totalité des régions de l’arc alpin sont dans cette situation).

14:50 Publié dans Décentralisation, France | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |