21/06/2014

UNE REGION « RHONE ALPES – AUVERGNE », QUEL INTERET ?

 

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Le Président de la république, du haut de son trône et assis sur la Constitution, annonçait le 4 juin son projet pour le nouveau découpage de la France en grandes régions. Il avait auparavant écouté les partis politiques. Aucun citoyen, aucune collectivité n’avaient été auditionnés. Devant l’insistance des associations de régions et de départements, il avait daigné les recevoir.

Pourquoi "assis sur la Constitution" ? Parce que celle-ci contient au moins 4 règles de protection des collectivités locales : 

- le principe de subsidiarité

- l'autonomie financière des collectivités

- le principe de non-tutelle d'une collectivité sur une autre

- la charte européenne de l'autonomie régionale, ratifiée tardivement par la France

 

Alors, quel intérêt, quels intérêts   ont poussé le gouvernement à proposer un tel regroupement ?

 

Un intérêt politique :

Une telle précipitation gouvernementale s’explique sans doute  parce que deux séquences électorales avaient mis le feu à la maison PS (perte de 30.000 élus sur 60.000 en trois mois), donc raisons politiciennes.

En région Rhône-Alpes, la tornade fut également violente, tant à l’est de la région qu’à Lyon.

A l’est, les pays de Savoie, qui représentent 1/5° de Rhône-Alpes, ont quasi totalement basculé à droite. Grenoble et Eybens ont été arrachés par des coalitions écologistes et citoyennes. Ainsi les agglomérations de Chambéry, Chambéry métropole, Albertville, Grenoble métropole, Le Bourget du lac,  Eybens, Bourgoin Jallieu… ont été perdues par le PS.

Quel intérêt à ce regroupement alors que ni l’un ni l’autre des deux présidents ne le souhaitaient vraiment ?

Le président de région RA, JJ Queyranne, qui avait longuement et fréquemment argumenté pour expliquer que la région avait déjà une « taille européenne » et n’avait aucune nécessité à fusionner avec l’Auvergne a brusquement changé d’avis après les européennes. Les résultats électoraux, les effets de la métropolisation de Lyon et de Grenoble nécessitaient une recherche d’électeurs potentiels. Avec le même enthousiasme mesuré, il vantait toutes les coopérations déjà existantes avec l’Auvergne, organisant en parfait président qui décide de tout, que les assemblées plénières auraient lieu à Lyon et les commissions permanentes se tiendraient à Clermont-Ferrand.

Certains suggéraient même de laisser  la Savoie s’organiser en collectivité indépendante de Rhône-Alpes pour avoir une chance de garder la région.

En effet, sans cette extension auvergnate, la région Rhône-Alpes aurait été une peau de chagrin, près de la moitié de la population se retrouvant à terme rattachée aux métropoles de Lyon et de Grenoble.

 

La situation de la région Rhône-Alpes :  La taille de Rhône-Alpes est supérieure à un grand nombre de régions d'Europe qui, plus petites, ont un budget supérieur. La région Rhône-Alpes se vante souvent d’être une région à taille européenne alors qu’elle n’est qu’un nain au regard de la puissance de feu de ses homologues allemandes. Avec un budget de 2,4 milliards €, que pèse-t-elle par rapport aux länder de taille équivalente qui ont des budgets de 40 à 60 milliards ? Que pèse-t-elle à côté de nos « petits » voisins comme le canton suisse du Valais (350.00 habitants et 2,8 milliards de budget) ou de la région autonome du Val d’Aoste (135.000 habitants et 1,8 Milliards de budget) ?

 

Intérêt d'une maxi-région ?

Juxtaposer l'agrandissement des régions et la suppression des départements est suffoquant d'incohérence. La proximité repose sur les intercommunalités, mais c'est aux régions qu'on confie de nouvelles compétences !

Quel intérêt de mettre dans la même région Aurillac et Chamonix qui sont séparés de 550 km et six heures de route ? 

67.000 km2 font de cette nouvelle région la plus vaste de France et plus grande que 21 pays européens, 30% plus grand que la Suisse.

 

Cette maxi-région aura-t-elle pour autant davantage de moyens par habitant ? le projet de loi ne comporte rien sur les recettes et la fiscalité régionales.

 

Sur le territoire de l'actuelle Rhône-Alpes, deux métropoles crées par la loi il y a quelques mois vont s'autonomiser et enlever compétences et budgets à la région.

 

L’autonomisation de trois pôles forts qui vont s’affirmer  au détriment de la Région

Or, la région Rhône-Alpes de demain, quand les métropoles auront pris leur place, même si quelques compétences supplémentaires lui sont données, verra une baisse conséquente de son budget et de son influence. 

Il est certain que l’interpénétration métropole/région ne sera pas sans poser des problèmes incessants.

 

Le respect de la géographie, de la culture, de la langue, des coutumes qui font la cohérence d’un territoire n’ont pas présidé à ce casting.

 

550 km séparent le Cantal de Thonon ou Chamonix.

Le grossissement de la région de 8 à 12 départements pose aussi la question de la bonne taille d’une région : « Le Cantal et la Savoie, déjà éloignés, se retrouveront aux confins lointains d’une super-entité. Comment expliquer aux citoyens qui y vivent que les décisions prises à Lyon les concernent ? Cela risque de renforcer les inégalités », interroge Jeannie Tremblay, conseillère régionale savoyarde.

« Une réforme doit être l’occasion d’adapter les institutions à la réalité et aux besoins des territoires. Plusieurs débats méritent d’être ouverts. Ainsi, dans le sud de la Saône-et-Loire et à l’Est de la Haute-Loire, beaucoup font le constat qu’ils s’intègrent à des bassins de vie rhônalpins. Quant aux pays de Savoie et aux Alpes du Nord, doivent-ils être réunis dans un même territoire jusqu’au col du Lautaret ? Il est dommage de faire l’impasse sur ces débats et de ne pas chercher à respecter les bassins de vie, l’histoire, la géographie, l’économie, les réseaux de transports… », regrette Jean-Charles Kohlhaas, co-président du groupe EELV.

La région Rhône-Alpes n’était déjà pas un modèle de proximité ; un habitant sur deux ne sait pas vraiment ce qu’est une région ; huit sur dix étaient incapables de citer les départements ou le périmètre, neuf sur dix ne connaissait pas vraiment son rôle et ses compétences ; piètre résultat après 40 ans  d’existence et des millions d’euros dépensés en communication. Cela devrait rendre plus modeste.

 

UNE METROPOLE LYONNAISE Elle aura bien plus que les compétences d’une région puisqu’elle cumulera :

  • Les compétences d’un département sur son aire (Transports, solidarité, collèges, dépendance..)

  • Les compétences de métropole telles qu’elles sont définies par la loi sur les métropoles.Les compétences d’une grande intercommunalité

  • Une grande partie des compétences régionales sur son aire (Université, recherche, économie, Tourisme… et elle demandera logiquement à s’occuper de ses lycées et CFA). Et c’est le préfet qui arbitrera.

  • L’attractivité d’une telle collectivité, bien plus puissante qu’une région, sera telle qu’elle regroupera, dès le départ, environ trois millions d’habitants (près de la moitié de l’actuelle région Rhône-Alpes).

  • La Métropole de Lyon sera la seule métropole ayant le statut de collectivité locale.

  • Le budget de cette « métropole régionale » ou encore « région métropole » sera bien supérieur à celui de la région Rhône-Alpes actuelle.

Notons aussi, au passage, qu’on aura réduit le millefeuille puisqu ’il n’y aura plus que deux niveaux : communes/intercommunalité  et Métropole.

Enfin, cette métropole crée un précédent important : La différenciation : c’est une grande première : LA REGLE N’EST PLUS LA MEME POUR TOUS LES TERRITOIRES

 

UNE METROPOLE GRENOBLOISE :

La métropole de Grenoble, créée par la même loi, mais au titre des métropoles de droit commun devrait se mettre en place avant le 1° janvier 2017. Souhaitée par la communauté scientifique et industrielle de Grenoble qui sait bien qu’elle ne pourra plus bénéficier d’une manne financière qui fut celle de la région depuis 15 ans, puisque Lyon se servira d’abord, ayant les manettes en main.

 

Mais la donne vient de changer à Grenoble avec la prise de la mairie par  Eric Piolle qui a laissé loin derrière lui PS, UMP et FN.

 

La métropole grenobloise s’étendra sans doute au Grésivaudan, vers le sud et l’est de la ville, mais on ne peut dire aujourd’hui quelle sera réellement son aire. Elle serait sans doute la mieux placée pour prendre en charge les parcs naturels qui entourent la ville voire même pour absorber cette partie du département de l’Isère et ainsi constituer un véritable contrepoids à la métropole lyonnaise. Sa population avoisinerait 500.000 habitants mais le phénomène d’attractivité sur les communes environnantes qu’elle va constituer pourrait la conduire rapidement vers le million d’habitants.

 

UNE METROPOLE DU GRAND GENEVE

Le Grand Genève a été créé le 23 juin 2012 et le protocole signé au milieu du lac Léman à égale distance des côtes de Genève, de Haute Savoie et du pays de Vaud. Ainsi 350.000 habitants des Pays de Savoie et du pays de Gex sont dorénavant beaucoup plus tournés vers la Suisse que vers la Savoie. Cette métropole est considérée comme une chance pour les savoyards, tournés vers l’international qui tire l’emploi et la croissance de la démographie.

Les liens au sein de la métropole du Grand Genève sont particulièrement étroits entre la partie Suisse et savoyarde : 65% des emplois sont suisses et 65% des logements sont sur notre territoire.

Mais la loi française de décembre 2013 ne s’applique pas, bien évidemment, à cette métropole transfrontalière. Elle laisse la possibilité aux pays de Savoie de s’organiser. A eux de saisir cette occasion.


Une région de cette taille est invraisemblable ; elle ne pourra fonctionner sans recréer des territoires infra-régionaux ; allez donnons-leur un nom : des départements ?

Aussi, notre proposition de créer dès fin 2015 une région Savoie de plein droit serait une réponse à ce gigantisme centralisateur que le gouvernement veut nous imposer; telle sera notre contribution.

14:53 Publié dans Actualité régionaliste, Institutions | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Pour une fois, je suis d'accord avec un écologiste.

Écrit par : Alain ROY | 22/06/2014

Alors tout n'est pas perdu!

Écrit par : Rémi Mogenet | 22/06/2014

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