25/04/2014

MAIS POURQUOI L’ETAT VEUT-IL ABSOLUMENT DES GRANDES REGIONS ?

Le premier Ministre a lancé un ultimatum aux régions le 8 mars dernier: «Fusionnez avant fin 2016, sinon j’établirai une nouvelle carte des régions au 1° janvier 2017 ;

Depuis 15 ans, ce sujet revient régulièrement sur la table. L’argument avancé par le Comité Balladur en 2002 était simple : les régions françaises étaient trop petites et trop peu peuplées et qu’il fallait donc des régions à « taille européenne » pour qu’elles soient plus fortes.

Manuel Valls ne donne pas de raisons explicite, mais estime que les collectivités dépensent trop et il veut tout simplement les mettre sous contrôle étroit pour réaliser des économies.

C’est une triple erreur :

 

  1. Première erreur : Le concept de « taille européenne » n’a jamais été défini, et pour cause. La taille moyenne des régions en France métropolitaine est de 24 726 km² et de 2 839 000 habitants. Si nos régions sont moins peuplées que les régions allemandes à cause d’une densité inférieure, elles sont par contre tout à fait comparables aux régions espagnoles ou italiennes. On constate aussi 4 États européens ayant une superficie inférieure à la moyenne des régions françaises, et 6 États ayant une population inférieure à cette moyenne ! Le PIB par habitant est le plus élevé dans les petites régions.
    La taille européenne des régions n’existe pas. C’est un mythe bien français. C’est un slogan jacobin.

Ce qui prévaut au contraire c’est l’extrême diversité de la taille des régions, y compris au sein d’un même État.

 

Seconde erreur : L’argument démocratique est plus un mensonge qu’une erreur : Annoncer qu’on a entendu l’appel des français à plus de démocratie et de proximité d’une part et annoncer dans le même discours la suppression de l’échelon de proximité qu’est le département et l’effacement de la commune. Imposer sans concertation de créer des régions plus grandes donc plus éloignées encore du citoyen relève de la provocation ou de l’autisme. Le message des citoyens grenoblois lors des dernières municipales qui ont balayé PS, UMP et FN pour élire Eric Piolle comme maire citoyen n’aurait-il pas été compris ?

 

Créer de super-grandes régions, plus grandes encore que PACA ou Rhône-Alpes éloigne encore la structure de ses habitants. C’est un contre-sens démocratique. Les super-régions, complètement contrôlées par l’Etat, deviendront des technostructures qui n’auront plus rien à voir avec la notion de collectivité d’habitants d’un territoire.

 

 

  1. Troisième erreur : L’idée selon laquelle plus on mutualise, plus on économise est fausse. En fait, les coûts de fonctionnement par habitant sont d’autant plus élevés que la structure est grosse ; La Cour des comptes le dit et l’ETAT en est évidemment l’exemple le plus flagrant.

 

En matière budgétaire les régions françaises sont des nains par rapport aux autres régions européennes. Le budget voté par la région Rhône-Alpes (seconde région française) pour 2014 est de l’ordre de 2,4 milliards d’euros. Le Pays de Galles ou la Galice, pour prendre des régions similaires en termes de territoire et de population, ont des budgets de l’ordre de 20-21 milliards d’euros ! Sans parler de l’Écosse, de la Catalogne du Bad-Würtemberg ou de la Bavière, qui ont des budgets de l’ordre de 35 à 50 milliards d’euros La région Rhône-Alpes se vante souvent d’être une région à taille européenne. Avec un budget de 2,4 milliards €, que pèse-t-elle par rapport aux länder de taille équivalente qui ont des budgets de 40 à 60 milliards ? Que pèse-t-elle à côté de nos « petits » voisins comme le canton suisse du Valais (350.00 habitants et 2,8 milliards de budget) ou de la région autonome du Val d’Aoste (135.000 habitants et 1,8 Milliards de budget) ? Les PIB/habitant les plus élevés d’Italie sont ceux des petites régions du nord de l’Italie ; deux petites régions sont dans le top 10 des régions européennes pour leur PIB/habitants : Groningen aux Pays bas (574.000 habitants et 2960 Km2) 6° et Bolzano (508.000 habitants et 7400 km2) 9°.

 

Si l’objectif est d'aller vers la reconnaissance du rôle des régions comme principale collectivité territoriale, il faut qu’elles disposent d’un pouvoir normatif sur leur territoire et d’une fiscalité propre.

 

 

Ce qui devrait guider cette réforme :

 

  • Ce ne devrait pas être les économies budgétaires ou la compétitivité du pays, mais l'impératif de démocratie. Certes, les régions françaises méritent d'être redécoupées. Produit technocratique de l’État jacobin des années 1950, elles correspondent trop peu aux réalités historiques, culturelles, économiques et sociales du pays.

Mais la réduction du nombre des régions comme objectif est absurde : l'impératif est celui de la cohérence territoriale et celui des aspirations des populations. Le résultat pourra être des régions redécoupées et de tailles très hétérogènes, comme chez nos voisins italiens, allemands ou espagnols. Ainsi, on peut imaginer une région Val-de-Loire avec neuf départements, coexistant avec des régions à deux départements (Alsace, Savoie), voire, des collectivités territoriales plus petites encore (Catalogne et Pays Basque français).

Aussi, l'objectif d'une dizaine de régions fixé arbitrairement par le Premier ministre n’a aucun sens et sera sans doute irréalisable. C’est nier la formidable diversité des populations françaises.

 

  • Ce qui fait la force des régions en Europe, ce n’est pas leur taille géographique, ce sont les compétences qu’elles exercent et l’importance de leurs budgets.

 

En matière de compétences, les régions allemandes ou espagnoles bénéficient d’une véritable autonomie, y compris en matière fiscale et législative, dans leurs domaines de compétence. Il en va de même pour l’Écosse, qui peut légiférer dans un grand nombre de domaines, notamment en matière sociale, éducative ou environnementale. Et cette autonomie régionale s’accroît régulièrement comme en témoignent la réforme du fédéralisme allemand ou les processus d’indépendance en Catalogne ou au Pays de Galles.

En France, le transfert des maigres compétences départementales aux régions sera bien insuffisant. Ce sont toutes les compétences non régaliennes qui devraient être transférées.

 

  • Enfin, la suppression de la clause de compétence générale pourtoutes les collectivités publiques irait radicalement à l'encontre du principe de subsidiarité.. La mise en place de celui-ci suppose en effet. Le maintien de la clause de compétence générale pour les régions est donc indispensable.

 

 

  • La diversité de nos territoires ne doit pas être niée

 

L'acte III de la décentralisation tel que présenté par Manuel Valls nous semble d'autant plus inquiétant et insatisfaisant qu'il s'inscrit dans un contexte de métropolisation et de déséquilibre croissant entre territoires

 

La taille géographiquen’est donc que le faux-nez d’une reprise en main des collectivités par l’Etat central ; il est plus facile de contrôler 10 régions que 27. Et comme ces régions n’ont aucune liberté budgétaire puisqu’elles ne disposent que des dotations de l’Etat (la part de fiscalité à leur disposition étant ridiculement faible).

Cette annonce de la création de grandes régions se fait sous la menace de baisse de la dotation pour les récalcitrantes au mépris des règles constitutionnelles d’autonomie des collectivités et du principe de subsidiarité et au mépris de la charte européenne de l’autonomie locale.

Il convient donc maintenant, de réfléchir sereinement à la situation. On sait bien que ce ne sont pas les régions les plus grandes qui ont le plus de résistance aux crises, mais ce sont par exemple toutes les petites régions autonomes de l’arc alpin qui ont le plus de souplesse et de proximité de décision qui s’en sortent le mieux (le « Small Régions Act » plutôt que la puissance illusoire de la taille qui ne conduit qu’à vouloir écraser les voisins)

 

LA TAILLE était un atout pour les empires, ils ont tous disparu ; c’était encore un atout au XX° siècle ; aujourd’hui et encore plus demain, lorsque les déplacements seront devenus hors de prix, c’est la souplesse et la proximité qui seront importants et vitaux, pas la taille.

 

La relance récente de l’idée de créer de « grandes régions » de taille européennes est non seulement une fausse bonne idée mais c’est aussi un magnifique exemple de manipulation de l’opinion ; c’est un leurre pour détourner les regards du vrai problème à résoudre : Ce qui serait le plus urgent, c’est de repenser le rôle de l’Etat et donner plus d’autonomie aux régions

 

Pour plus de cohérence et d’efficacité, il est nécessaire de redéfinir qui fait quoi en matière de service public ; le lien-reflexe entre service public et Etat est largement dépassé ; des services public régionaux ou départementaux se sont mis progressivement en place (gestion des lycées, transports scolaires, TER, service public régional de l’orientation et de la formation continue, services sociaux…) et sont le plus souvent plus performants que lorsque l’Etat les gérait. Le réflexe de « gôche » qui laisse à penser qu’il n’y aurait de garantie de bon service public qu’étatique a vécu.

 

La question pertinente aujourd’hui est la suivante : quels sont les missions que l’Etat est le seul à pouvoir assumer ? Il y a les compétences régaliennes d’une part et le principe de subsidiarité d’autre part. Par exemple, pourquoi la France reste-t-elle un des seuls pays au monde à conserver un système d’éducation nationale, ingérable et de moins en moins efficace ? Ce ne doit plus être un tabou.

Admettons enfin que l’égalitarisme n’a pas conduit à l’égalité des territoires ; la différenciation entre les territoires inscrite dans la loi sur les métropoles doit s’appliquer aussi aux régions, petites ou grandes assortie d’une péréquation gérée par l’Etat. L’uniformité et le centralisme jacobin ne peut plus être la martingale du XXI° siècle. Une certaine forme de fédéralisme pourrait certainement remettre le citoyen au centre.



Dernière minute :

La Gazette publie en avant-première le deuxième projet de loi de décentralisation qui devrait être présenté le 14 mai en Conseil des ministres. Au programme : la suppression de la clause de compétence générale des départements et des régions, des schémas régionaux qui s’imposent aux autres échelons ainsi que des mesures &favorisant le redécoupage des régions.

 

L’Assemblée des régions de France (ARF), semble avor accepté l’idée de redécoupage des régions en échange de vrais pouvoirs enfin délègués :

Tout juste rétablie par la première loi de décentralisation du 28 janvier 2014, la clause de compétence générale des départements et des régions est de nouveau supprimée. Une mesure destinée à empêcher ces deux échelons d’intervenir en tous sens. Une disposition, gage de vertu financière et de modération fiscale aux yeux de ses promoteurs.

Cette suppression de la clause de compétence générale s’accompagne d’une montée en puissance des régions :

 

« Pour l’exercice de ses compétences, le conseil régional dispose d’un pouvoir réglementaire dont la loi définit l’étendue pour chaque compétence ».

 

Les régions bénéficieraient d’un quasi-monopole sur la distribution des aides directes aux entreprises. Leur schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation s’impose aux communes, aux intercommunalités « classiques » et aux départements.
Les métropoles devront, elles, simplement prendre en compte ce document. A Lyon, la métropole élaborera même le schéma « conjointement » avec la région Rhône-Alpes.

Le schéma régional d’aménagement et de développement durable du territoire regroupera, lui, le schéma régional de l’intermodalité, le schéma régional du climat, de l’air et de l’énergie, ainsi que le plan régional de prévention et de gestion des déchets.
Elaboré là encore par la région, il s’imposera à tous les échelons. Il sera, par-là, doté d’une valeur prescriptive à l’égard des schémas de cohérence territoriale (SCOT) et des plans locaux d’urbanisme (PLU).

 

Redécoupages, et non simples fusions

La diminution de moitié du nombre de régions figure noir sur blanc dans l’exposé des motifs. Pour ce faire, l’obligation d’en passer par un référendum pour toute fusion entre collectivités de même niveaux est supprimée.

 

« Les élus régionaux pourront, dans un délai qui s’achèvera trois mois après le renouvellement général des conseils régionaux, proposer au Gouvernement un projet de fusion par délibérations concordantes. Au-delà, le Gouvernement proposera une nouvelle carte des régions qui sera adoptée au 1er janvier 2017 ».

La Corse ne sera pas concernée.
Contrairement à ce que préconisait le cabinet « Ayrault », le gouvernement Valls considère que la diminution de moitié du nombre de régions ne doit pas procéder uniquement de fusions, mais également de redécoupages à l’intérieur de certaines régions.
Au ministère de la Décentralisation, on observe aussi avec intérêt le mouvement, en Bretagne, en faveur de la fusion des conseils généraux au sein de la collectivité régionale.

[Une place pour l’idée de Région Savoie ?]

 

Seuil de 10 000 habitants pour les « intercos » ?

Mais la suppression des conseils départementaux, à l’horizon de 2021, décrétée par Manuel Valls dans son discours de politique générale, ne figure pas en tant que telle dans le projet de loi. Elle trouve, en revanche, sa place dans l’exposé des motifs. Elle passe, aux yeux du gouvernement, par la constitution d’intercommunalités puissantes à l’horizon de 2018.
Le seuil minimal (hors zone de montagne et île mono-communales) pour former un groupement est, dans le texte, relevé de 5 000 à 10 000 habitants.

Quoiqu’il en soit, le Gouvernement souhaite que les intercommunalités soient beaucoup plus en phase avec « les bassins de vie ». Un concept à géométrie variable… Aussi, le ministère de la Décentralisation a sollicité le Commissariat général à l’égalité des Territoires pour arrêter une définition des bassins de vie.



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Commentaires

« Annoncer qu’on a entendu l’appel des français à plus de démocratie et de proximité d’une part et annoncer dans le même discours la suppression de l’échelon de proximité qu’est le département et l’effacement de la commune. Imposer sans concertation de créer des régions plus grandes donc plus éloignées encore du citoyen relève de la provocation ou de l’autisme. »
 
Je ne suis pas d'accord avec vous : la région n'a précisément PAS pour vocation d'être proche du citoyen, mais plutôt de constituer un ensemble géographique et économique (et culturel dans certains cas) pertinent. La structure proche du citoyen, ce doit être la commune, à une taille adaptée, car il n'est pas normal qu'une agglomération soit divisée en une myriade de communes différentes comme c'est le cas aujourd'hui. Le gouvernement tente plutôt de pousser vers l'intercommunalité, peut-être car il sait combien il est difficile de réduire le nombre de communes, mais je trouve que c'est une erreur et qu'il faudrait avoir la même exigence de fusion des communes que celle de fusion des régions.
 
Quant au département… il est bien trop petit pour avoir une pertinence économique, il divise des territoires qui sont pourtant culturellement liés (les deux Savoies, les deux Alsaces…), et pourtant il est trop grand pour servir sa logique de proximité. C'est un échelon de trop, et j'espère effectivement qu'il disparaisse dans les prochaines années.

Écrit par : Pyraloun | 25/04/2014

Assez d'accord avec Pyraloun: la commune est le noyau de base et les communes françaises sont trop nombreuses, trop morcelées et ne correspondent plus à la réalité des agglomérations. De même le département, créé sur la base de déplacements à cheval à la révolution (ne pas être à plus d'une journée du chef-lieu) n'est plus adapté aujourd'hui.
En revanche, je vous rejoins sur les dimensions des régions qui devraient revenir à des entités culturelles et géographiques cohérentes plutôt que de se fixer comme objectif d'être de taille équivalente. Mais le plus important, surtout, c'est leur sous-dotation budgétaire qui en fait des nains à l'échelle européenne. Le budget de Rhône Alpes est équivalent à celui de la seule ville de Genève !
Il est clair que ce rééquilibrage doit se faire au détriment de l'Etat et c'est là que la pilule sera le plus dur à avaler, pour des ministres et un appareil d'Etat qui y perdraient forcément du pouvoir. Pourtant, ce serait un geste qui permettrait de faire passer le reste dans l'opinion, en dépit de l'opposition attendue des potentats communaux ou départementaux et de leurs administrations respectives.
Quant au découpage des régions, il doit aussi tenir compte des évolutions historique et économique qui ont largement recomposé le territoire. Une région Savoie, par exemple, serait très bien, mais Chambéry n'a pas forcément plus de légitimité à en devenir le chef lieu qu'Annecy d'un point de vue économique. Et puis à quoi bon, si cela aboutit à ce que le Chablais et le Genevois savoyard restent l'extrémité prétéritée du territoire ? Si l'influence genevoise reste vécue comme une agression, cela ne changera rien à la situation actuelle...
Si cette rivalité s'exacerbe ici du fait de la frontière qui nous sépare, elle va se retrouver en mille endroits entre agglos voisines et néanmoins rivales.
Grenoble n'est pas Lyon, mais si c'est Lyon qui co-décide de tout en Rhône-Alpes, l'ancienne capitale du Dauphiné va souffrir !
Les conflits potentiels seront nombreux entre Cannes et Nice, entre Pau et Bayonne, pour ne citer que les régions que je connais bien. Comment faire en sorte que les régions ne reproduisent pas à l'échelle locale les inégalités de traitement connues à l'échelle nationale entre Paris et la France, c'est l'un des grands enjeux cachés de cette réforme et là ce ne sont pas les technocrates qui détiennent la solution.

Écrit par : Philippe Souaille | 26/04/2014

Paris est une sorte de ville sacrée, de gros temple, cette ville fait l'objet d'une sorte de culte. Elle a un statut spécial, avec sa mairie, et ses primes aux fonctionnaires. Aucune autre ville en France, même devenue capitale régionale, n'est susceptible d'avoir ce genre de privilèges. On pourrait aussi bien gloser sur le centralisme genevois dans le canton de Genève, et la manière dont Carouge est par exemple assujettie à la capitale cantonale. Il ne faut traiter qu'un problème à la fois.

Denis de Rougemont a toujours dit qu'une région devait se créer relativement à la tradition culturelle, d'une part, relativement au bassin d'emploi réel, d'autre part, et il est la figure de référence principale pour le Mouvement Région Savoie. Naturellement en son sein il y a des gens qui rêvent d'une région champêtre, détachée du grand centre économique qu'est Genève, mais ils savent à mon avis que ce n'est pas crédible. D'ailleurs le Mouvement Région Savoie soutiendra les conseils généraux savoyards qui refusent d'être dissous, et la spécificité de la Haute-Savoie vient largement de l'argent donné par l'Etat de Genève et de la capacité d'initiative que cela crée. En ce qui me concerne je crois que ces grandes régions dénuées de pensée vivante et organique, imposées depuis des idées abstraites de fonctionnaires obsédés par les chiffres, peuvent être une chance pour la Savoie, en ce qu'elle peut justement, à l'instar de la Corse et de la Bretagne, qui seront préservées, marquer son désir de demeurer dans une cohérence organique et vivante issue de l'action du duc de Savoie durant des siècles et inscrite dans la nature même des choses. Il suffit précisément d'assumer pleinement cette action du duc de Savoie, ne pas à cet égard louvoyer, et songer que cette action s'est cristallisée autour de François de Sales puis du romantisme savoyard dont l'abbaye d'Hautecombe est le symbole. On peut du reste à cause de cela choisir Aix-les-Bains comme capitale d'une Région Savoie. Cela reste ouvert à la discussion.

Assumer la construction organique et progressive de la Savoie par le duc de Savoie ne veut pas dire se laisser enfermé dans une logique idéologique prédéfinie, et c'est bien aussi la relation avec Genève qui a créé la Savoie telle qu'elle est depuis plusieurs siècles, en être pleinement conscient et l'assumer est également un enjeu majeur. La Savoie de l'avenir parviendra en quelque sorte à concilier les contraires, ou à synthétiser les oppositions de jadis. Elle fera comme a fait la Suisse, si on peut dire. Mais elle ne peut pas renier une construction qui s'est faite à partir de Chambéry et du seigneur qui y régnait.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/04/2014

(J'ajoute quand même que Lyon en se constituant en métropole a acquis un statut comparable à celui de Paris, et Grenoble veut aller dans le même sens. Mais pour Chambéry, ce n'est pas encore d'actualité, on verra bien à ce moment, il faut faire les choses les unes après les autres.)

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/04/2014

Largement en désaccord avec votre propos. Si effectivement une souplesse est nécessaire pour définir des régions comme communautés reconnues par leurs habitants au niveau historique / culturel/ économique, n'excluant pas une possibilité de régions Corse, Alsace, Savoie, par contre une plus grande cohérence serait atteinte avec une quinzaine de régions, réunification de la Bretagne et de la Normandie, grand Val de Loire, retour au Duché de Bourgogne avec Franche-Comté, etc. Mais le vrai niveau d'efficience est la taille France. La désagragation de la Belgique, Grande-Bretagne, Espagne, les tentations en ce sens de l'Italie renvoient à des micro-nationalismes détestables, bref, à part l'Allemagne et la Suisse, le fédéralisme prouve son échec. En Espagne, les autonomies régionales provoquent un enchevêtrement de règlementations variables d'une région à l'autre qui complexifie nombre de dossiers et représente une perte considérable d'efficacité. Et la perte de solidarité entre régions riches et régions pauvres est une autre manifestation détestable du fédéralisme au bénéfice des puissants. Un Etat puissant assurant la règle du jeu et la solidarité, des Régions un peu moins nombreuses rassemblant les compétences territoriales avec des Elus provenant de circonscriptions et non des listes d'apparatchiks, enfin des Métropoles urbaines et des Communautés de communes rurales reprenant aussi les compétences des parcs naturels régionaux devraient être les seules couches d'un mille-feuille simplifié et efficace où le citoyen se sentirait pleinement représenté à l'échelle de la mobilité du XXIème siècle.

Écrit par : Laurent Garde | 26/04/2014

Personnellement, je ne vois pas en quoi le micronationalisme est plus détestable que le macronationalisme. Il est évident que la France a une taille insuffisante pour résister aux puissantes entreprises de notre époque. La bonne taille à cet égard est l'Europe. Ensuite les institutions doivent simplement coller à une réalité d'ordre spirituel, qui est l'esprit unitaire des communautés qui existent. Si les régions centrales ne se sentent pas d'autre âme distincte que d'être polarisées par Paris et l'Île de France, il est logique qu'elles se constituent en région cohérente. Il faut voir au coup par coup. L'efficacité économique sur le territoire est reconnue comme étant liée à l'autonomie des institutions régionales, qui sont l'échelon correspondant aux petites et moyennes entreprises, lesquelles sont, restent l'essentiel de l'emploi. Si le fédéralisme ne marche pas ailleurs que dans les pays où l'économie marche bien, il faut sans doute y réfléchir et y voir un lien. Evidemment, en France, on a bâti des entreprises nationales plus ou moins privatisées qui ont besoin d'un Etat fort, centralisé. Mais elles délocalisent et leur lien avec les territoires est de plus en plus ténu; c'est un problème: on ne peut pas sacrifier tout le territoire à son centre. Il n'y a pas là de solidarité non plus, de la part du centre. C'est l'Île de France qui doit se montrer solidaire, et non les autres régions entre elles, et la raison en est que c'est l'Île de France qui est la plus riche. L'Etat central doit se montrer plus solidaire en déléguant davantage de pouvoir fiscal.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/04/2014

Réponse : les Verts alliés à l'extrême-droite flamande du NVA au Parlement européen, est-ce bien raisonnable ?

Écrit par : Laurent Garde | 26/04/2014

Au Parlement européen, Régions et Peuples Solidaires s'est particulièrement impliqué dans la défense des langues régionales. L'opposition française est venue du Front national, de Mélenchon, de quelques disciples de Brice Hortefeux. Il ne s'agit pas de défendre un nationalisme local, pour R&PS, mais le fédéralisme, et les libertés locales. Mais ces libertés ne peuvent être défendues et utilisées, même, que si le sentiment d'une communauté cohérente existe. Car si ce n'est pas le cas, la liberté locale est finalement utilisée par l'envoyé du gouvernement central. Il ne s'agit pas d'encourager au nationalisme ou même au communautarisme, mais simplement de reconnaître l'existence de communautés et de leur laisser une part de décision dans leurs affaires propres. En particulier dans le domaine culturel. Il est en réalité totalement aberrant et immoral d'assujettir l'éducation et plus généralement la culture à la tradition propre au centre. Le sentiment d'injustice est à cet égard particulièrement grand dans les régions périphériques. La Savoie a eu sa propre littérature, sa propre histoire, elles ne sont aucunement représentées dans la culture officielle de la République française, elles sont totalement marginalisées. Ce n'est pas du nationalisme que de dire que c'est anormal, car c'est au contraire par nationalisme que les Français ont imposé leur culture aux Savoyards.

Le sentiment d'injustice souvent déborde, il dérive vers la colère, la haine: Victor Hugo en a parlé, dans "Les Misérables", lorsqu'il a implicitement déploré mais justifié la mort du roi Louis XVI et les massacres des prêtres par la colère du peuple. Les Flamands souvent vont trop loin, mais ils ont historiquement été longtemps brimés par les francophones: Louis XIV leur avait imposé l'emploi du français dans leur administration. Comme dit le Dalaï-Lama, le cycle des vengeances doit un jour s'arrêter. Au Mouvement Région Savoie, il n'est pas question de dire qu'on va imposer une culture uniforme savoyarde comme ont fait certaines républiques socialistes anciennement soviétiques avec leur culture propre, interdisant soudain la langue russe, mais seulement de dire qu'il est naturel et normal que la littérature et l'histoire de la Savoie soient enseignées sur le territoire concerné, et que si elles ne sont pas plus clairement mentionnées par les programmes nationaux, il faut que la Savoie ait son recrutement et ses programmes propres, qui insèreront dans la culture francophone et européenne des éléments clairements visibles du patrimoine de la Savoie.

Le problème est peut-être différent dans le Berry, par exemple: la culture s'en confond davantage avec celle qu'impose l'Etat en France.

De la liberté locale on peut passer effectivement à l'excès du nationalisme local. Mais le problème n'est pas différent pour la France: qu'on étudie l'histoire de France est normal, ce n'est pas une raison pour exclure celle du Saint-Empire romain germanique auquel appartenait la Savoie et dont est issu le monde allemand, dans une Europe en construction. Il faut aussi que la France sache s'ouvrir à l'Europe en général et aux cultures de ses régions frontalières en particulier. Il s'agit simplement d'y développer la liberté, et d'y accepter la diversité.

C'est du reste indispensable à l'essor touristique, si lié au folklore, les touristes ou même les consommateurs appréciant qu'un produit ou un lieu de détente soient marqués culturellement, et ne deviennent pas apparemment des fabrications en séries dénuées d'âme et sorties d'entreprises entièrement robotisées. Or, la France, sous prétexte d'unité, se technocratise, et le résultat en est un manque de dynamisme économique. L'économie en effet n'est pas fondée sur des besoins calculables par les savants patentés, contrairement à ce qu'on croit souvent, mais sur la subjectivité du consommateur, sur la capacité des choses qu'il achète à prendre une valeur intérieure, affective, sentimentale. Or, cela ne peut pas être développé sans liberté culturelle, et les libertés locales en sont un aspect. Il y en d'autres, la viande hallal participe sans doute de la même logique et à cet égard je m'oppose complètement aux uniformistes du Front national ou d'ailleurs. L'agriculture biologique va encore dans le même sens. Chacun doit pouvoir acheter ce qui culturellement lui parle, même quand il s'agit de nourriture, car il n'est pas vrai, comme le pensent les technocrates et les intellectuels abstraits, qu'on ne mange qu'un conglomérat d'éléments chimiques. On veut manger aussi la force d'une terre, d'une méthode d'élevage, d'un rituel d'abattage, tout compte.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/04/2014

Manuel Valls applique une directive de Goldman Sachs.
La réponse est là!
http://youtu.be/WZbRdp4pIlo

Écrit par : Pascal | 27/04/2014

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